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ERA Architects

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Scott Weir standing in front of a bookshelf
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Scott Weir discute de l’approche d’ERA pour rénover des lieux intéressants

par Alessandro Tersigni, writer & researcher, juin 26, 2025

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Depuis 35 ans, ERA Architectes joue un rôle de chef de file stratégique dans la compréhension du patrimoine, une notion en constante évolution. À mesure que la firme se transforme, notre manière d’aborder le patrimoine évolue elle aussi.

Nos talents interdisciplinaires, notre regard critique et nos liens profonds avec l’environnement bâti existant nous amènent à comprendre les lieux comme des entités vivantes à travers le temps. À mesure que les personnes, les communautés, les valeurs et les sociétés évoluent, il devient essentiel de créer de nouvelles manières d’interpréter les lieux qu’elles fréquentent et chérissent. Par la richesse de nos perspectives, de nos expertises et passions, il nous importe tout autant de rester constants dans notre rôle de gardiens des relations entre les êtres humains et leur environnement.

Alessandro Tersigni: Quel est votre rôle chez ERA?

Scott Weir: Je suis un architecte, associé principal et cela fait 25 ans que je travaille pour la firme. Ce qui m’a attiré chez ERA, c’est son intérêt pour la pérennisation de choses qui sont déjà intéressantes. Ce que j’aime particulièrement, c’est que nous y parvenons en collaborant avec d’autres personnes de notre milieu, des clients, des partenaires, ainsi que des personnes auprès desquelles nous pouvons apprendre.

AT: Quel type de travail fait votre atelier?

SW: Mon équipe travaille sur une variété de projets : hôtels, clubs privés, chalets, résidences sur mesure et développements emblématiques. Tous ces projets ont un point commun;: une volonté de respecter ce qui existe déjà et de concevoir une restauration qui s’harmonise avec le lieu, tout en mettant en valeur ce qui le rend déjà intéressant. Nous travaillons souvent en tant qu’architectes principaux et la majorité des membres de mon équipe vient du monde de l’architecture.

Scott Weir at The Carlu in 2004
Scott au Carlu en 2004

AT: Parlez-moi davantage de l’idée de prolonger la vie des lieux qui sont déjà intéressants.

SW: Ce que j’ai toujours aimé chez ERA, c’est cette chance de travailler sur des bâtiments au caractère unique. On fait souvent appel à nous parce que ces lieux ont perdu leur raison d’être. Qu’il s’agisse de la Loblaws Groceteria, du Casey House ou du Maple Leaf Gardens, ces lieux étaient en fin de parcours, que ce soit parce que leurs structures étaient usées ou parce qu’ils avaient perdu leur fonction d’origine. C’est à travers ce processus que nous avons la possibilité de devenir très créatifs et de leur redonner une nouvelle vie.

Par exemple, lorsque nous avons travaillé sur College Park, nous avons découvert que Jacques Carlu, l’architecte du Carlu, avait autrefois imaginé un restaurant pour le Sherry-Netherland Hotel à New York; un projet qui n’a jamais vu le jour. Cependant, un siècle plus tard, cette idée oubliée est devenue pour nous une source d’inspiration à Toronto.

L’architecture est faite de dialogues à travers le temps et notre rôle consiste à tendre l’oreille, à rester curieux et à déceler comment une histoire ancienne peut enrichir le présent; comment on peut faire naître du neuf en résonance avec l’existant.

AT: Quand vous racontez ces histoires, vous arrivez-t-il de vous heurter à des valeurs, des envies ou des besoins irréconciliables?

SW: Oui, nos clients ont parfois des idées qui entrent en contradiction avec l’esprit du lieu. Dans ces moments-là, notre rôle consiste à leur faire entrevoir le potentiel du site, à les guider doucement vers ce qu’il peut offrir — et en retour, à faire en sorte que ce lieu évolue pour répondre, autant que possible, aux besoins de ceux qui le possèdent ou le gèrent.

Il y a aussi une dimension d’apprentissage qui se fait avec le temps. Depuis que je suis chez ERA, notre regard sur ce que nous construisons a énormément évolué : où nous construisons, comment nous construisons, quel impact cela a sur l’environnement, comment le projet dialogue avec le quartier, en quoi nos méthodes sont pertinentes, ou non, et surtout, qui détient, sur le long terme, des droits sur ces espaces.

Tous ces prismes-là ont profondément changé au cours des 25 dernières années. Notre ambition, c’est d’entrer en relation avec ces différentes couches de manière constructive et respectueuse; même, et peut-être surtout, quand elles se contredisent.

ERA Principal Scott Weird sitting in front of Barronsbrae cottage.
Scott en visite au cottage Barronsbrae à Pointe au Baril

AT: Comment le travail que vous faites interagit-il avec les écosystèmes sociaux et culturels plus larges?

SW: ERA s’est toujours profondément intéressée au contexte et à la responsabilité culturelle. Mon équipe a commencé avec l’Ojibway Club, un lieu emblématique de la baie Georgienne situé à Pointe au Baril. De notre implication dans cette communauté, dont certains membres se connaissent sont présents depuis près de cent ans et d’autres y sont présents depuis des siècles, est née une série de projets de résidences et de cottages dans la région.

En tant qu’architectes travaillant dans ce paysage — Pointe au Baril fait partie de la Réserve de biosphère Mnidoo Gamii de la baie Georgienne, reconnue par l’UNESCO — nous cherchons à concilier les besoins de nos clients avec le respect et la protection de cette écologie précieuse et fragile. Les habitants semblent avoir, depuis toujours, une conscience aiguë de l’impact que peut avoir l’implantation d’un bâtiment sur les arbres et la faune. Il y a aussi une dimension de gardiennage autochtone lorsqu’on construit au bord de l’eau, et bon nombre des artisans avec lesquels nous collaborons viennent de la Première Nation Shawanaga.

Ces formes d’intercompréhension et d’ancrage sont bien différentes de celles que l’on retrouve lorsqu’on travaille sur un chalet de ski ou une maison urbaine, par exemple. Il faut souvent faire l’effort de comprendre le contexte local et de bâtir la confiance, que ce soit auprès d’un client ou d’un quartier.

AT: Pensez-vous que le patrimoine est pertinent parce qu’il existe déjà ou parce que c’est un prisme que vous adoptez en tant que firme?

SW:  Je pense que c’est les deux. Notre travail s’inscrit dans ce qui est là mais il vise aussi à améliorer les choses. Patrimoine est un mot étrange qui peut vouloir dire beaucoup de choses. Au fond, c’est ce qui nous entoure et qui pourrait avoir de la valeur; une valeur qui évolue avec le temps.

Je vois notre rôle comme une manière de lire le monde, de le comprendre, puis de le rassembler pour le rendre accessible, lisible, pertinent et captivant.

AT: Comment voyez-vous l’avenir d’ERA à mesure que la firme continue de croître et d’évoluer?

Nous avons un bel élan et de nombreuses opportunités s’offrent à nous. Je suis très curieux de voir quelle place le Canada occupera dans le monde à mesure que l’ère Carney se dessine. Aurons-nous de nouveaux partenaires internationaux au-delà des États-Unis? Serons-nous mieux outillés pour exercer ailleurs le type de travail que nous faisons ici?

Nous cherchons toujours à comprendre ce qui se passe localement, à cerner les préoccupations propres à un lieu donné. Qu’est-ce qui attire les gens vers ce désert ou cet océan? Comment pouvons-nous y répondre de manière juste et sensible à travers notre travail? J’ai hâte de voir jusqu’où cette démarche pourra nous mener.

Photographie de portrait : Mina Markovic