Depuis 35 ans, ERA Architectes joue un rôle de chef de file stratégique dans la compréhension du patrimoine comme phénomène en constante évolution. À mesure que la firme croît et que notre approche du patrimoine se transforme, nous accueillons trois nouveaux associés principaux et un nouveau directeur pour diriger et approfondir une pratique innovante, adaptative et résolument tournée vers l’avenir.
Pour explorer leurs expériences, réflexions et intentions au moment d’assumer ces nouveaux rôles, le critique culturel Alessandro Tersigni s’est entretenu avec les nouveaux associés principaux d’ERA — Samantha Irvine, David Winterton et Shelley Ludman — ainsi qu’avec Dan Eylon, nouveau directeur, pour discuter des idées et questions qui les stimulent et qui orientent leur travail.
Alessandro Tersigni: Félicitations pour votre nomination comme associée principale. Parlez-moi un peu de votre rôle au sein de la firme.
Samantha Irvine: ERA est un endroit unique — une sorte d’atelier créatif qui réunit des praticiens issus de plusieurs disciplines. On croit profondément à la collaboration et à la prise en compte de multiples points de vue dans la fabrique des lieux. Je fais partie de la petite poignée de personnes qui ne viennent pas d’une formation classique en architecture, en conservation ou en urbanisme, mais j’ai passé dix ans ici à apprendre par immersion. Mon rôle repose sur cette expérience, ainsi que sur les compétences que j’ai développées comme avocate en début de carrière. Qu’il s’agisse de reconvertir un ancien complexe industriel au centre-ville de Toronto ou de revitaliser un édifice civique dans une municipalité rurale, mon travail consiste à élaborer des stratégies, remettre en question les présupposés et soutenir une prise de décision solide.
AT: Comment êtes-vous arrivée chez ERA?
SI: J’ai fait mon barreau et travaillé brièvement comme avocate, mais j’ai eu l’intuition très claire que ma voie se trouvait ailleurs. J’ai toujours aimé l’histoire et le design, et je suis fascinée par la valeur culturelle portée par les vieux bâtiments. J’habitais à ce moment-là dans le Candy Factory, un excellent exemple de réutilisation adaptative à Toronto, et cela m’a inspirée à m’inscrire à une maîtrise à Londres sur la réutilisation adaptative comme contribution clé à la conception durable. Cela m’a donné non seulement la possibilité de réfléchir à toutes sortes de choses stimulantes mais aussi une base solide sur les bénéfices multiples de conserver et de réutiliser les bâtiments existants — ce qui définit une grande part de notre pratique chez ERA.
AT: Quels types de projets vous enthousiasment le plus?
SI: Je m’intéresse surtout aux projets qui tirent parti de l’énergie et de la créativité générées par le changement. Par exemple, nous travaillons sur la remise en valeur du Rosseau Memorial Hall, dans le canton de Seguin — un lieu de rassemblement communautaire centenaire qui représente un type d’espace public en voie de disparition, mais essentiel à notre bien-être collectif. Le Hall a été construit par des tailleurs de pierre locaux il y a cent ans et a accueilli d’innombrables événements communautaires à Rosseau. Ces dernières années, il est de moins en moins utilisé, mais nous travaillons avec le canton pour renverser cette tendance. Ce genre de projet, qui déverrouille le potentiel de ce qui existe déjà, m’intéresse infiniment plus que la préservation pour la préservation.
AT: Comment le concept de patrimoine s’articule-t-il dans votre travail?
SI: Les meilleurs projets auxquels j’ai participé sont ceux où le statut patrimonial légal importait peu. Dans un monde idéal, on réutilise les grands bâtiments non pas parce qu’on y est obligés, mais parce que cela fait sens pour les personnes qui les utilisent, pour la contribution qu’ils apportent à l’espace public, pour leur qualité architecturale et pour l’impératif de durabilité qu’ils servent. Quand les propriétaires ou les usagers accordent de la valeur à un lieu et veulent bâtir sur cette valeur, c’est là que nous faisons notre meilleur travail.
AT: Qu’entrevoyez-vous pour l’avenir d’ERA?
SI: ERA restera toujours ancrée dans le caractère, le design et l’histoire des lieux existants, ainsi que dans les bénéfices sociaux que cela apporte. On nous perçoit comme une firme de patrimoine, mais ce qualificatif me semble déjà trop étroit pour notre pratique actuelle, sans parler de ce que nous anticipons pour l’avenir. Travailler avec les lieux existants devient de plus en plus complexe. Nous réexaminons constamment les notions de patrimoine à la lumière, par exemple, de la Réconciliation, des changements climatiques, de la durabilité et de l’abordabilité du logement. Il faut être capables d’avoir plusieurs conversations dans une même pièce — ERA est un endroit où cela se produit réellement.
Photographie de portrait : Mina Markovic
