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Découvrez les associés principaux : Philip Evans
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Découvrez les associés principaux : Philip Evans

Philip Evans aborde la question de la valeur et des retombées dans l’environnement bâti

par Alessandro Tersigni, writer & researcher, août 15, 2025

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Depuis 35 ans, ERA Architectes joue un rôle de chef de file stratégique dans la compréhension du patrimoine comme phénomène en constante évolution. À mesure que la firme croît et que notre approche du travail avec le patrimoine se transforme.

Nos talents interdisciplinaires, notre regard critique et nos liens profonds avec l’environnement bâti existant nous amènent à concevoir les lieux comme des entités vivantes à travers le temps. À mesure que les personnes, les communautés, les valeurs et les sociétés évoluent, il devient essentiel de créer de nouvelles manières d’interpréter les lieux qu’elles fréquentent et chérissent. Par la richesse de nos perspectives, de nos expertises et passions, il nous importe tout autant de rester constants dans notre rôle de gardiens des relations entre les êtres humains et leur environnement. 

Pour illustrer la manière dont les différents studios d’ERA abordent ce travail de façon à la fois distincte et complémentaire, cette série d’entretiens entre le critique culturel Alessandro Tersigni et les associés principaux de la firme mettra en lumière notre parcours, notre direction future et comment cette diversité de pratiques vient à la fois enrichir et complexifier de manière féconde notre approche du patrimoine au XXIᵉ siècle.

Alessandro Tersigni: Quel est votre rôle au sein d’ERA?

Philip Evans: Je suis architecte, associé de la firme et je travaille à l’intersection du design, des politiques et de la valeur, tant en milieu urbain que rural. Mon objectif est de concevoir des interventions stratégiques visant à clarifier des problèmes ou des situations souvent complexes et difficiles à cerner. Quelle que soit la nature de l’intervention — qu’il s’agisse de conserver, d’agrandir ou de remplacer un bâtiment, de transformer un paysage ou de collaborer avec une communauté ou un groupe d’entrepreneurs — ce qui importe avant tout c’est que le projet ait un sens dans son contexte; qu’il s’inscrive à la fois dans ce qui existe déjà et dans ce dont le lieu a besoin pour la suite.

Philip Evans kneeling down writing on paper surrounded by three people on top of a hill, Bell Island.
Philip avec des membres de l’équipe d’ERA sur l’île Bell, dans le cadre de l’initiative Culture des villages de pêcheurs, 2015.

AT: Quel type de travail votre studio réalise-t-il?

PE: D’un certain point de vue, on pourrait dire que je dirige mon propre studio au sein de la firme, mais je ne l’ai jamais vraiment perçu ainsi. J’essaie d’être aussi accessible et disponible que possible pour tout le monde chez ERA, en participant à un dialogue continu à travers un éventail d’initiatives qui soutiennent notre travail. La façon la plus simple et la plus juste de décrire ce que mes collègues et moi faisons, c’est de dire que nous aidons à orienter les conversations autour de la question : « Et maintenant, quelle est la prochaine étape? »

Je dirige une variété de projets qui transforment des lieux en réponse aux besoins des communautés et à leur résilience future — églises, granges, salles communautaires, immeubles d’appartements à faible hauteur — en les adaptant pour un usage et une pertinence renouvelés, tout en valorisant leur identité existante. Cela se fait à diverses échelles et dans des contextes variés à travers le pays; dans des communautés de pêche, minières ou agricoles, mais aussi dans des grands centres urbains comme Vancouver, Calgary, Toronto, Ottawa et Montréal. C’est à la fois un exercice de navigation entre les modèles économiques et de financement, et un travail de conception architecturale. Nos projets incluent la réutilisation adaptative sensible au contexte, la conservation, l’intégration, les ajouts et le design urbain.

AT: Qu’est-ce qui, selon vous, a changé chez ERA à mesure que la firme a grandi et évolué?

PE: Je suis chez ERA depuis 25 ans. À nos débuts, notre rôle dans les projets était assez passif. Aujourd’hui, nous participons beaucoup plus activement aux discussions dès le départ. Nous sommes architectes et urbanistes, mais nous jouons aussi un rôle d’atténuation en tant que consultants en patrimoine. Ce sont deux fonctions distinctes que nous avons réussi à intégrer au fil du temps. De la tension et de l’harmonie entre ces deux approches naissent des apprentissages constants que nous réinvestissons dans notre travail. Nous avons réellement appris à collaborer entre disciplines — nos urbanistes, planificateurs, juristes, architectes et rédacteurs partagent une sorte de littératie transversale qui est essentielle à une bonne conception.

AT: Comment le concept de patrimoine s’inscrit-il dans votre travail? 

PE: Selon moi, il faut se méfier lorsqu’on définit des notions dynamiques comme le patrimoine ou la conservation de manière figée ou binaire. On se concentre souvent trop étroitement sur les bâtiments eux-mêmes, au point d’oublier les comportements, les usages et les actions qui donnent leur sens à ces formes physiques. Prenons un bâtiment qui représente la troisième génération de constructions sur un même site. Ce qui existe vraiment, au-delà de ces trois versions de briques et de mortier, c’est une relation au temps et au changement dans une communauté. C’est cette histoire immatérielle et évolutive qui confère aux choses tangibles leur valeur et caractère. Ce que nous essayons de faire chez ERA, c’est de veiller à ce que cette histoire demeure lisible, utile et pertinente pour l’avenir, et qu’elle ne soit pas simplement un rappel d’un passé révolu.

Philip à Burlington, Terre-Neuve-et-Labrador, 2011.

AT:  J’aime l’idée que ce qui rend le patrimoine tangible précieux, c’est en fin de compte quelque chose d’intangible.

PE: Lorsqu’on détache un objet de ses contextes sociaux, économiques et politiques, on assiste à une sorte d’expérience étrange. Cette déconnexion ne soulève pas seulement la question de ce que nous faisons, mais aussi celle, plus profonde et plus importante, de pourquoi nous le faisons. À mon sens, c’est la conversation la plus urgente, particulièrement lorsqu’il s’agit de patrimoine et, plus encore, de l’avenir de nos villes.

En étudiant les typologies bâties, j’ai appris que nos interventions — nos stratégies de gestion du changement — peuvent être naïves lorsqu’elles sont déconnectées des décisions qui les ont façonnées; l’emplacement des entrées, les méthodes et technologies de construction choisies, les modèles de financement, les voix entendues… et celles qu’on n’a pas entendues. C’est dans ces détails, souvent imparfaits ou complexes, que réside la véritable histoire.

AT: Qu’entrevoyez-vous pour l’avenir d’ERA?

PE: Je crois que notre profession n’a pas encore complètement défini ce qu’elle est. Le patrimoine — en tant qu’un des nombreux biens publics — s’élargit continuellement comme concept et demeure extrêmement difficile à circonscrire. Si, demain, le mot patrimoine disparaissait ou si toutes les lois et politiques patrimoniales du Canada étaient abolies, le travail d’ERA ne changerait pas. Nous continuerions à poursuivre la même question fondamentale : pourquoi? Nous resterions des personnes réfléchies et curieuses, engagées à gérer le changement de manière intelligente afin de rendre les lieux plus riches, plus résilients et plus agréables à vivre.

Comme société, nous n’en sommes qu’aux débuts de ces conversations, et c’est réellement stimulant d’en faire partie et d’aider à les façonner.

Photographie de portrait : Mina Markovic