Skip to content

ERA Architects

Histoires

Michael McClelland Presenting at a podium.
Personnes

Découvrez les associés principaux : Michael McClelland

Michael McClelland aborde l’évolution et l’innovation chez ERA

par Alessandro Tersigni, writer & researcher, juin 13, 2025

In English >

Depuis 35 ans, ERA Architectes joue un rôle de chef de file stratégique dans la compréhension du patrimoine comme phénomène en constante évolution. À mesure que la firme croît et que notre approche du travail avec le patrimoine se transforme.

Nos talents interdisciplinaires, notre regard critique et nos liens profonds avec l’environnement bâti existant nous amènent à concevoir les lieux comme des entités vivantes à travers le temps. À mesure que les personnes, les communautés, les valeurs et les sociétés évoluent, il devient essentiel de créer de nouvelles manières d’interpréter les lieux qu’elles fréquentent et chérissent. Par la richesse de nos perspectives, de nos expertises et passions, il nous importe tout autant de rester constants dans notre rôle de gardiens des relations entre les êtres humains et leur environnement.

Pour illustrer la manière dont les différents studios d’ERA abordent ce travail de façon à la fois distincte et complémentaire, cette série d’entretiens entre le critique culturel Alessandro Tersigni et les associés principaux de la firme mettra en lumière notre parcours, notre direction future et comment cette diversité de pratiques vient à la fois enrichir et complexifier de manière féconde notre approche du patrimoine au XXIᵉ siècle.

Alessandro Tersigni: Quel est votre rôle chez ERA ?

Michael McClelland and Edwin Rowse, 1992
Michael McClelland et Edwin Rowse, 1992

Michael McClelland: Mon histoire avec ERA est ancienne. J’ai cofondé la firme avec Edwin Rowse il y a trente-cinq ans. Nous venions tous deux du domaine de la conservation du patrimoine, mais avec des parcours bien différents : Edwin avait travaillé en Angleterre sur des demeures de campagne et à la Chambre des lords, tandis que j’avais œuvré au sein des services du patrimoine des villes de Toronto et de Vancouver. Nous avons fondé ERA comme un atelier d’artisans où chacun recevait une formation humaniste en architecture. Mais au fil du temps, nous avons constaté que d’autres disciplines voulaient aussi s’y joindre; des artistes, historiens, journalistes, urbanistes et planificateurs du patrimoine. ERA est donc devenu un bureau hybride, composé de gens venus d’horizons multiples. J’ai toujours adoré cela. C’est cette diversité d’idées et de perspectives qui nous permet d’aborder l’environnement bâti avec nuance, intelligence et créativité.

AT: Quel type de travail votre studio réalise-t-il?

MM:  Au fil des ans, j’ai porté de nombreux chapeaux chez ERA. Je travaille un peu avec tout le monde. Aujourd’hui, je dirige une petite équipe qui s’intéresse particulièrement à la culture, à travers la réflexion stratégique, la communication, la construction de la ville, le plaidoyer et bien sûr les projets d’architecture et de planification patrimoniales. Nous travaillons notamment sur Art=Waterfront, une initiative qui s’attaque au manque d’espaces culturels à Toronto en proposant la création d’un corridor culturel le long de tout le littoral, ainsi qu’avec Friends of Allan Gardens, un organisme à but non lucratif dédié à la préservation et à la revitalisation de l’un des plus anciens espaces publics de la ville.

AT: Comment décririez-vous ERA?

MM: On me dit souvent : « Il faut définir votre marque, votre vision, votre mission. » J’ai toujours trouvé cela un peu flou. Ce que nous faisons se prête mal à des formules toutes faites. À mon sens, la meilleure façon d’y répondre, c’est par l’action. Chez ERA, nous démontrons ce qui nous passionne plutôt que de le proclamer. En termes simples, nous sommes une firme d’architecture et de planification patrimoniales, mais notre travail touche à de nombreuses dimensions de la culture, de la société et de la communauté. Nous ne traitons jamais le patrimoine comme une notion isolée. Il est essentiel pour nous d’assumer un rôle de leadership dans la manière dont les valeurs culturelles évoluent, tout en réfléchissant à ce que cela signifie de bâtir un environnement inclusif et diversifié dans le contexte canadien; surtout en contraste avec ce que l’on observe actuellement aux États-Unis.

Michael presenting ART=WATERFONT at a panel for NXT City and Pavilion Project.
Michael présentant ART=WATERFRONT dans le cadre d’un panel pour NXT City et le Pavilion Project, 2017.

AT: Quelle est votre propre conception du patrimoine ?

MM: Le patrimoine est une idée en mouvement. Il change selon les époques et les gens. Il n’était pas perçu ainsi il y a vingt ou trente ans. Chez ERA, nous comprenons de plus en plus qu’il faut dépasser ce modèle et envisager le patrimoine comme l’ensemble de ce que les gens valorisent. On reconnaît tous un monument, et c’est très bien. Mais il existe toute une gamme d’autres choses qui ont du sens : les petites maisons d’une rue, les usages de Chinatown, les immeubles d’habitation modernes de tous les jours, les paysages autochtones… Tous méritent considération, ouverture et respect. Ce n’est pas seulement une question d’équité, c’est aussi la seule manière de vraiment comprendre la culture des lieux et des sociétés.

AT: Comment cette vision élargie du patrimoine s’articule-t-elle avec d’autres valeurs?

MM: ERA est souvent appelée à se prononcer sur la place du patrimoine par rapport à d’autres valeurs ou priorités. Nous jouons alors un rôle plus large, presque éthique, en essayant de trouver l’équilibre. Nous observons les différents enjeux — bien-être social, équité, durabilité environnementale, viabilité économique, qualité du design — et cherchons à comprendre où ils s’opposent et où ils peuvent s’harmoniser. J’aime comparer cela à une charrette à quatre roues. Il faut que toutes tournent en même temps — et le patrimoine n’en est qu’une — sinon la charrette n’avance pas.

AT: ERA mène aussi des projets qui ne sont pas commandés par des clients : publications, événements, tables rondes, même des comédies musicales! Pourquoi cela compte-t-il pour vous?

MM: C’est essentiel à notre travail. Rien n’existe dans le vide. Il faut initier, collaborer, débattre pour défendre les valeurs auxquelles on croit. Et cela passe par des conversations publiques, des échanges d’idées, des débats ouverts, des formats multiples. Il faut constamment inviter les gens à voir autrement. Pour moi, c’est fondamental qu’un architecte soit un acteur social, pas seulement un producteur de bâtiments. Cette forme de citoyenneté culturelle enrichit profondément notre pratique architecturale, et l’inverse est tout aussi vrai.

AT: Comment voyez-vous l’avenir d’ERA à mesure que la firme poursuit son évolution?

MM: Nous avons grandi, pas à des fins stratégiques mais parce que les clients avec lesquels nous voulons travailler reviennent, et parce que nous attirons des gens créatifs et passionnés qui veulent innover et penser différemment. ERA a désormais un bureau à Calgary, en plus de Toronto, Ottawa et Montréal, ainsi que de petites antennes à Hamilton et Collingwood. C’est assez unique. Il n’existe pas d’autre firme de patrimoine au Canada travaillant à cette échelle. Nous pensons de plus en plus notre travail à une échelle globale. Nous verrons bien où cela nous mènera.

Photographie principale : Benjamin Tersigni