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Découvrez les associés principaux : Jan Kubanek

Jan Kubanek discute de la conservation et de l’importance du bien commun

par Alessandro Tersigni, writer & researcher, août 25, 2025

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Depuis 35 ans, ERA Architectes joue un rôle de chef de file stratégique dans la compréhension du patrimoine, une notion en constante évolution. À mesure que la firme se transforme, notre manière d’aborder le patrimoine évolue elle aussi.

Nos talents interdisciplinaires, notre regard critique et nos liens profonds avec l’environnement bâti existant nous amènent à concevoir les lieux comme des entités vivantes à travers le temps. À mesure que les personnes, les communautés, les valeurs et les sociétés évoluent, il devient essentiel de créer de nouvelles manières d’interpréter les lieux qu’elles fréquentent et chérissent. Par la richesse de nos perspectives, de nos expertises et passions, il nous importe tout autant de rester constants dans notre rôle de gardiens des relations entre les êtres humains et leur environnement.

Pour illustrer la manière dont les différents studios d’ERA abordent ce travail de façon à la fois distincte et complémentaire, cette série d’entretiens entre le critique culturel Alessandro Tersigni et les associés principaux de la firme mettra en lumière notre parcours, notre direction future et comment cette diversité de pratiques vient à la fois enrichir et complexifier de manière féconde notre approche du patrimoine au XXIᵉ siècle. 

Alessandro Tersigni : Quel est votre rôle chez ERA?

Jan Kubanek : Je suis architecte et associé principal de la firme, où je dirige les deux bureaux d’ERA à Montréal et à Ottawa. J’ai toujours été passionné par la conservation de l’architecture; mettre en lumière ce qui rend les lieux existants intéressants et, surtout, pertinents pour les gens d’aujourd’hui. Avec les années, j’ai pris de plus en plus de plaisir à travailler sur les premières étapes des projets, là où l’on se penche justement sur ces grandes questions.

AT: Quel type de travail fait votre studio?

JK: Notre équipe est très diversifiée. On y retrouve des architectes, des architectes spécialistes en conservation, des experts techniques, des historiens et des chercheurs, sans oublier une solide équipe de conseillers en patrimoine. Nous travaillons sur de nombreux bâtiments publics et institutionnels, tant au Québec que dans d’autres régions du Canada, et, ces dernières années, nous avons aussi exploré davantage de projets privés.

Jan guidant une visite de la station Rosemont à Montréal. La visite portait sur les recherches menées par ERA Architects avec Docomomo Québec, qui retracent l’histoire des finis en céramique architecturale dans le métro de Montréal.

AT : Comment décririez-vous le travail d’ERA?

JK : ERA n’est pas une firme d’architecture conventionnelle. D’abord, la collaboration est au cœur de tout ce que nous faisons. Nous avons l’habitude de travailler étroitement avec d’autres architectes et divers consultants pour mener nos projets à terme. Notre approche est aussi plus interdisciplinaire que celle de la plupart des firmes, et il nous arrive souvent de nous impliquer dans des aspects d’un projet qui vont bien au-delà de la pratique traditionnelle. Avant même que le travail de conception commence, nous dirigeons généralement la recherche, l’analyse et des recommandations stratégiques. Cette approche nous permet de définir le ton et les grandes orientations du projet.

Sur le plan culturel, ERA se distingue également. Un volet central de notre travail consiste à comprendre comment un bâtiment, un lieu ou un paysage incarne de la valeur. Nous examinons toutes les forces qui ont mené à sa création et à son évolution. Ensuite, nous abordons nos projets de manière à mettre en lumière la pertinence de ces éléments, telle qu’elle est perçue par les usagers contemporains et par la communauté locale. Notre objectif est de réaliser des projets qui sont véritablement porteurs de transformation.

AT : Quand il s’agit de travailler avec les notions de patrimoine, l’expérience au Québec est-elle différente de celle dans l’Ontario?

JK : Le Québec possède généralement un parc immobilier plus ancien que l’Ontario, marqué par une histoire coloniale européenne qui remonte bien avant celle du sud de l’Ontario. Les typologies et techniques de construction portent d’abord l’empreinte de la tradition française, puis celle du Royaume-Uni, ce qui crée un mélange architectural unique; presque comme une superposition et mixité de couches culturelles. Comme en Ontario, il y a une immense fierté collective envers le patrimoine culturel et une volonté réelle de préserver les bâtiments et lieux de mémoire. Toutefois, les deux provinces continuent de subir des pertes. Au Québec, l’un des grands défis est cette impressionnante collection de bâtiments laissés vacants, souvent difficiles à adapter aux besoins actuels. Les exigences strictes des codes de bâtiment modernes, inexistants au moment de leur construction, compliquent encore plus la tâche. Comme société, nous devons développer de nouvelles façons de donner une seconde ou troisième vie à ces lieux, et chez ERA on se fait un devoir d’imaginer des solutions créatives et accessibles afin que ces bâtiments précieux puissent continuer à servir les générations futures.

Jan Kubanek standing in font of the Mc
Jan présentant le projet de réhabilitation du complexe de l’Hôpital Royal Victoria dans le cadre de la conférence conjointe du National Trust et de l’APT en 2024.

AT : Pouvez-vous nous donner un exemple d’un projet actuel qui vous emballe particulièrement?

JK : Notre travaille depuis 2019 sur la transformation de l’ancien Hôpital Royal Victoria, pour l’université McGill, est devenu une expérience incroyable. Le Royal Vic est une institution importante et emblématique de Montréal, bien visible sur la ligne d’horizon avec le mont Royal en arrière-plan. Beaucoup de gens y sont nés ou y ont séjourné comme patients, comme mon père, et entretiennent un lien personnel avec ce lieu. Tout le monde connaît le Royal Vic.

Cependant, ce qui était à l’origine un endroit de soins et de bien-être, intégré au cadre naturel de la montagne, est devenu au fil du temps un lieu peu accueillant. C’est pour cela que ce projet est si intéressant : la partie la plus ancienne de l’hôpital, construite au début des années 1890, est actuellement en cours de transformation pour accueillir les facultés de politiques publiques et de développement durable de McGill. Le chantier bat son plein en ce moment, ça vaut vraiment le détour. Avec Ève Wertheimer, nous avons même eu l’occasion d’aller à Édimbourg visiter le Royal Infirmary, l’hôpital jumeau du Royal Vic. Ce déplacement fut une expérience formidable.

AT : Comment voyez-vous l’avenir d’ERA?

JK : Chez ERA, nous avons toujours voulu accompagner l’évolution des aspirations de nos communautés et de nos sociétés, que ce soit à l’échelle locale, provinciale ou nationale. Cela implique souvent de se tourner vers l’avenir et d’avoir le courage de bousculer les façons de penser habituelles. Nous croyons à des démarches rigoureuses et critiques, mais toujours animées par une profonde volonté de servir le bien commun. Pour nous, chaque projet doit laisser une trace positive pour la collectivité. Cet engagement demeurera sans aucun doute au cœur de notre identité, même en poursuivant notre croissance et notre évolution.