Depuis 35 ans, ERA Architectes joue un rôle de chef de file stratégique dans la compréhension du patrimoine comme phénomène en constante évolution. À mesure que la firme croît et que notre approche du travail avec le patrimoine se transforme.been a strategic thought leader in understanding the ever-evolving phenomenon of heritage.
Nos talents interdisciplinaires, notre regard critique et nos liens profonds avec l’environnement bâti existant nous amènent à concevoir les lieux comme des entités vivantes à travers le temps. À mesure que les personnes, les communautés, les valeurs et les sociétés évoluent, il devient essentiel de créer de nouvelles manières d’interpréter les lieux qu’elles fréquentent et chérissent. Par la richesse de nos perspectives, de nos expertises et passions, il nous importe tout autant de rester constants dans notre rôle de gardiens des relations entre les êtres humains et leur environnement.
Pour illustrer la manière dont les différents studios d’ERA abordent ce travail de façon à la fois distincte et complémentaire, cette série d’entretiens entre le critique culturel Alessandro Tersigni et les associés principaux de la firme mettra en lumière notre parcours, notre direction future et comment cette diversité de pratiques vient à la fois enrichir et complexifier de manière féconde notre approche du patrimoine au XXIᵉ siècle.
Alessandro Tersigni: Quel est votre rôle au sein d’ERA?
Graeme Stewart: Je suis architecte et associé de la firme. Lorsque je suis arrivé chez ERA en 2002, j’étais étudiant à l’Université de Toronto. L’un des premiers projets sur lesquels j’ai travaillé est le livre Concrete Toronto, qui exigeait une recherche archivistique colossale et la capacité de démêler un réseau de liens pour lire la ville autrement. Faire cela tout en complétant une maîtrise en architecture — qui est déjà une vocation à temps plein — était incroyablement stimulant. C’est cette combinaison entre recherche et pratique, entre inventivité et pragmatisme, qui explique pourquoi je suis encore chez ERA 23 ans plus tard.
AT: Comment décririez-vous ce que fait ERA?
GS: ERA est d’abord et avant tout une pratique ancrée dans les lieux. On part toujours de quelque chose de concret : un site, un îlot, une vision communautaire, un paysage, un ensemble d’idées. Notre travail consiste généralement à réfléchir à la manière de prendre soin de l’existant tout en permettant une transformation réfléchie. C’était vrai quand nous étions douze; ça l’est encore aujourd’hui. Au début, à Toronto, la question collective était : « Et si on se permettait d’imaginer que les lieux puissent changer ? » Aujourd’hui, le changement est un fait acquis — ce qui compte, c’est qu’il soit porteur de sens.
AT: Qu’est-ce qui a changé chez ERA avec la croissance de la firme?
GS: Un fil conducteur, qui a à la fois persisté et évolué, c’est cette volonté de revoir le familier sous un autre angle. Quand nous avons publié Concrete Toronto en 2007, l’idée qu’un bâtiment brutaliste puisse avoir de la valeur — ou qu’il puisse exister une économie pour le transformer — paraissait radicale. Aujourd’hui, le studio que je co-dirige avec Ya’el Santopinto repose précisément sur ces réalités. Nous travaillons continuellement à soutenir et à renouveler l’héritage de l’existant — une question qui appelle des réponses différentes en 2025 qu’il y a vingt ans.

AT: Comment le concept de patrimoine intervient-il dans votre travail?
GS: Le patrimoine offre une occasion privilégiée de réfléchir avec rigueur. Nous devrions toujours réfléchir soigneusement, mais la présence du patrimoine permet d’engager les projets différemment. Je travaille souvent avec l’Université de Toronto, qui conjugue une mission d’innovation mondiale avec un héritage de lieu. L’idée que transformer un site et en reconnaître la valeur ne sont pas des notions contradictoires est au cœur de notre pratique. Qu’il s’agisse d’une tour de rénovation et de développement durable qui doit concilier une multitude d’objectifs ou d’un lieu historique national, ce sont fondamentalement des questions parentes.
AT: La notion de patrimoine semble s’élargir. Selon vous, comment ce mouvement devrait-il évoluer?
GS: Nous ne devrions pas être sélectifs dans les environnements auxquels nous accordons autant de soin. On peut appliquer la même rigueur que celle qu’on réserve aux sites classés à tout type de lieu. Au Canada, nous avons parfois un rapport un peu amnésique à notre histoire; et cela nous nuit. Le mot patrimoine est particulier : il peut signifier tout et n’importe quoi. Cependant, nous pouvons aussi l’entendre comme ce qu’il vaut la peine de connaître de notre contexte. Cette compréhension conduit inévitablement à de meilleurs choix.
AT: Comment voyez-vous l’avenir d’ERA à mesure que la firme poursuit son évolution?
GS: C’est un moment particulièrement intéressant. Nous allons continuer de prendre part aux grandes conversations qui façonnent le XXIᵉ siècle — la décarbonation, le logement, l’équité, la vérité et la réconciliation, ainsi que la mise en place de modèles économiques qui rendent possible à la fois l’abordabilité et les investissements nécessaires. Ces enjeux se croisent de plus en plus avec une question urgente alimentée par l’actualité : que veut dire être Canadien aujourd’hui? Le pays est en train de définir sa place dans le monde, et nous avons tous un rôle dans ce moment. J’ai hâte de voir la suite.
Photographie de portrait : Mina Markovic

In 2014, Graeme Stewart and Sabina Ali of the Thorncliffe Park Women’s Committee were jointly awarded the 2014 Jane Jacobs Prize, presented by Spacing magazine. Powers of Towers, produced by Spacing, includes interviews with ERA’s Michael McClelland and profiles the efforts of Graeme and Sabina to transform Toronto’s aging suburban high-rise neighbourhoods into livable communities that work.
